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Noir sur Blanc n°13, p.11-13: Mon amour, mon amour Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

Noir sur Blanc N°13, pp.11-13: critique de Jean Leblon de la représentation de "Mon amour, mon amour" à Athus.

Premières impressions

Rösrath, en avril. Le cabaret, pour ses deux représentations, fit salle comble. Gros succès. « Le plus beau spectacle que nous ayions jamais vu » dirent les délégués des Activités parascolaires du ministère de l'éducation nationale.

Saint Ode et Athus, en mai. Le home de la F.N.A.P.G. nous reçut avec la même chaleur et nous connûmes là une émotion aussi vive que l'année précédente. Dans la cité Gaumaise, où nous fûmes magnifiquement accueillis, « Mon amour, Mon amour » causa une véritable sensation. Le public manifesta constamment son enthousiasme, les rappels et les bis furent nombreux.

A Weiden, en juin, tous les membres du jury de maturité nous firent l'honneur d'asssiter à notre spectacle. La finale y fut une véritable apothéose... Mais notre coeur était lourd.

Le journal de l'Athénée d'Athus, édition de juin, publia le compte-rendu suivant de notre cabaret :

Revue de l'Athénée Royal d'Athus

MON AMOUR, MON AMOUR...

Cabaret littéraire de l'Athénée Royal de Rösrath

Les heures que nous avons passées avec nos amis de l'Athénée Royal de Rösrath furent à la fois agréables et enrichissantes. Ceux qui n'ont assisté qu'au cabaret littéraire proprement dit auront, bien sûr, profité d'une excellente soirée, mais ils n'auront pu goûter cette atmosphère de joyeuse et franche camaraderie qui régna lors du souper et pendant la rencontre qui suivit le spectacle. C'est dans la liberté de ce petit repas que naquirent des contacts et que nous pûmes échanger les premières impressions.

Le Cabaret lui-même comportait sept parties. Poésie avant l'entracte, d'abord sérieuse, triste, parfois tragique et déchirante, soutenue et mise en valeur par un accompagnement musical et des jeux de lumière souvent excellents et bien harmonisés. Je pense que tous auront aimé le texte simple mais émouvant de MERE DOULOUREUSE (chanson de Louis Amade et Gilbert Bécaud), le montage de LA LORELEY (Apollinaire) ainsi que l'extrait de TRISTAN ET ISEUT qui, joué de la sorte, égalait la mort de Roméo et Juliette en intensité dramatique. Toute cette partie intitulée IL N'Y A PAS D'AMOUR HEUREUX était d'ailleurs remarquablement composée. Les strophes d'Aragon intercalées dans les autres textes annonçaient les thèmes que les poèmes développaient. Un seul regret : il aurait fallu, à la fin, reprendre tout le texte d'Aragon au lieu de terminer par une seule strophe, car, ainsi "débité" en fragments ce poème a certes créé une excellente ossature pour le Spectacle, mais il n'a pas provoqué l'émotion qu'une lecture globale du texte peut provoquer chez l'auditeur. C'est dommage ! Si de cet extraordinaire travail d'équipe il est permis de faire ressortir des performances individuelles, c'est assurément le talent de Johan Deweerd dans LA CHANSON DU MAL-AIME qu'il faut souligner. A remarquer aussi : Patrick Vogelaere.

La partie SOURIRE DE L'AMOUR fut plus légère, souvent ironique ou gaie. A travers des poèmes de Bernard de Ventadour, Verlaine, La Fontaine, Molière et d'autres, des chansons de Brassens ou Béart, les jeunes artistes nous montrèrent un visage différent de l'amour. Les chansons étaient très bien interprétées, les textes bien-dits, parfaitement nuancés, mais les techniciens de l'éclairage avaient peut-être tendance à « jouer » avec leurs couleurs, en un mot, à « en remettre » quand ce n'était pas absolument indispensable. Si dans un texte un silence peut revêtir une grande importance, un « silence » dans les jeux lumineux pourrait, de temps à autre, se révéler plus riche qu'un feu d'artifice.

Après l'entracte la poésie des paroles céda la place à l'opérette, à l'expression corporelle, à de remarquables mouvements chorégraphiqus. Les amateurs de poésie pure le regretteront peut-être - et encore ! - mais toute la salle fut transportée d'enthousiasme. Je crains même que les quelques poèmes (entre autres LE PLAT PAYS) qui figuraient dans cette fin de programme) n'aient été oubliés (dans notre souvenir du moins) dans la griserie de cette dernière heure. Il suffira de dire que AH! LES FEMMES... et C'EST L'AMOUR... durent être répétés pour décrire l'engouement qui s'était emparé de la salle. La finale frisa le paroxysme : AQUARIUS (47 élèves y participaient) fut une réussite totale; lumière, musique, chant, cris et gestes, tout était parfaitement synchronisé. L'instant où, tous les corps couchés par terre dans une obscurité presque totale, seuls les bras se tendaient vers le ciel, valait en puissance dramatique les meilleurs poèmes. Une émotion quasi religieuse se dégageait de ces secondes. L'enthousiasme du public obligea d'ailleurs les artistes à recommencer cette séquence.

Et pourtant le sommet n'était pas atteint; ou plutôt : il y eut deux grands moments à quelques minutes d'intervalle. La ronde endiablée (ici les jeux de lumière et l'accompagnement musical créèrent une ambiance parfaite) dansée sur un air extraits de PEER GYNT de Grieg fut extraordinaire : ce fut un galop effréné où l'homme individuel se fondait dans l'espace, la lumière et les sons. Rien n'existait plus qu'un mouvement de plus en plus rapide qui cessa brusquement pour se cristalliser en une pyramide symbolisant l'élan pathétique de l'humain vers le cosmique. Le spectateur restait pantelant d'un grand désir inassouvi que ces jeunes venaient de faire naître en lui. Oui, ce final fut vraiment une apothéose.

Il faudrait encore parler des AMOURS DE FANNY très bien interprétées par Chantal De Meulenare, Johan Deweerd, Pierre Lepoivre et Philippe Pingaut. J'ai vu des professionnels qui ne les valaient pas. Il y eut aussi les chanteurs, fort bons en général; je regrette de n'avoir retenu leurs noms car plusieurs méritaient d'être cités. Viviane Courcelle qui interpréta LA MARITZA par exemple, les duettistes de MON AMOUR ET TON AMOUR, etc., sans oublier le pianiste José Piron et le batteur Pierre Geys.

Ne nous perdons pas en critique de détails. Certes un spectacle réalisé avec 47 élèves et une quinzaine de techniciens devait forcément comporter quelques imperfections et inégalités. Un des mérites - il y en eut tant ! - du réalisateur Michel PIROT, fut d'ailleurs de donner leur chance à beaucoup de jeunes, de réaliser une oeuvre d'ensemble - excellente, répétons-le - alors qu'il aurait pu se contenter d'une gloire facile avec les vedettes authentiques que compte sa troupe d'élèves de première et de seconde. Estimons donc à leur vraie valeur à la fois ce grand spectacle et l'immense travail qu'il a coûté.

Jean LEBON

Revue de l'Athénée Royal d'Athus

Derničre mise ŕ jour : ( 02-11-2006 )
 
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