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1948 - Première rentrée scolaire (Bad Honnef) Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
29-12-2005

Avant Rösrath

15 septembre 1948: Première rentrée scolaire de l'école secondaire au Couvent des Ursulines, à Bad Honnef, avec 24 profs et 202 élèves. 122 francophones, 80 néerlandophones se répartissent en 6e, 5e et 4e années d'Humanités. Et oui, on comptait à l'envers à cette époque. Profs comme élèves se doivent de porter l'uniforme, salut au drapeau de rigueur.

Honnef par C. SCHMIT 

Honnef fut une aventure. Une aventure assez inattendue, largement improvisée, décidée en deux temps trois mouvements à une époque pleine d'incertitude.

Je fus particulièrement heureux d'y être désigné comme professeur en août 1948. L'Allemagne, au travers de son histoire, de sa culture et de sa langue, avait constitué l'objet même de mes études et j'avoue que je piaffais d'impatience à l'idée que j'allais la découvrir tout au bout de l'aventure qu'elle venait de connaître.

Ce fut une découverte bouleversante : le pays n'était plus qu'un océan de ruines et de détresse, dix millions d'hommes chassés par les Russes et les Polonais erraient d'est en ouest, le logement était rare et le peuple avait faim. Jamais le pays n'avait été à une telle extrémité.

A peine l'Athénée avait-il ouvert ses portes que nous parvenait la nouvelle que les Russes avaient bloqué les accès routiers et ferroviaires à Berlin.

Quasi à la même époque, Bonn, provinciale et morose, allait devenir la capitale de l'Allemagne sous l'impulsion d'un conservateur septuagénaire qui ne parlait ni l'anglais, ni le français. Il était notre voisin, tout au bout de la route étroite qui longeait le " Feuerschloss" et chacun s'interrogeait sur la politique qu'il allait suivre. Le 12 septembre 1949, Konrad Adenauer devenait chancelier à une voix de majorité.

Comme il fallait s'y attendre, il exigea des Alliés - lui qui allait pour ainsi dire établir son gouvernement au pied de sa maison - que Bonn et la zone d'alentour (donc Honnef) fussent déclarées enclave libre ( Freizone ). D'où, en septembre 1949, l'annonce du déménagement de l'Athénée vers la périphérie de Wuppertal. Ce fut un beau tollé au sein du corps professoral. Mais l'aventure avait ses charmes néanmoins aux yeux de tous ceux qui désiraient ne rien perdre des soubresauts de l'Allemagne d'après-guerre.

On est en droit de s'interroger sur la qualité et la chaleur de l'accueil qui nous fut réservé à Honnef. Peu d'échos ont filtré à ce sujet. Mais on peut supposer qu'une école paisible, bien ordonnée, située à l'écart du centre de la petite ville convenait mieux aux habitants du lieu qu'une caserne pleine de charroi et de cliquetis d'armes.

Les professeurs et leurs familles, avaient, d'autre part, été logés dans des maisons privées, ce qui dut certainement déplaire à tous ceux qui étaient confrontés à la crise du logement. Ajoutons aussi que nos relations avec les autorités municipales furent, hélas, inexistantes. L'heure des relations amicales n'avait, en effet, pas encore sonné aux horloges officielles.

Mon meilleur souvenir de Honnef ? Incontestablement ces possibilités d'évasion qui furent les nôtres au cours de l'année 1948-1949. En compagnie de nos élèves, nous avons pu arpenter le pays d'alentours, visiter des villes chargées d'histoire, observer un peuple qui tentait de sortir du gouffre de 1945 et tirer, en général, du spectacle surprenant de l'après-guerre une leçon inoubliable.

Honnef 1948 par René Leblon

Pour beaucoup, Honnef et 1948 remémorent des faits heureux, pénibles, joyeux ou attristants, rappellent des personnes jeunes ou adultes, réveillent le souvenir de bâtiments austères ou agréables. Je vais essayer de faire revivre tous ces souvenirs, malgré une mémoire quelque peu défaillante.

Les faits trouvent leur origine dans une décision ministérielle permettant aux enfants des militaires belges d'occupation en Allemagne d'accéder à un établissement secondaire pour y continuer les études primaires dispensées dans quelques garnisons d'O.A. depuis 1946 déjà. Ce fut heureux pour les 132 élèves francophones (1) venant, pour la plupart, des 6 èmes primaires, ainsi que pour les quelques 90 néerlandophones.

Ce fut sans aucun doute un fait pénible pour une grande majorité de ces élèves obligés qu'ils furent de devenir internes, abandonnant alors leur milieu familial où ils avaient passé en Allemagne une ou deux années heureuses, au sein de leur famille reconstituée après le retour du père, souvent prisonnier depuis 1940. Ce fut aussi un fait joyeux que de se faire de nouveaux camarades - au sens propre : vivant dans la même chambrée - avec qui on pouvait partager les mêmes piles de tartines, le matin et à 4 heures ... Fut-ce attristant ? Pour certains sans doute, confrontés surtout avec de nouveaux enseignants fort différents d'allure et de mentalité, se succédant à chaque heure alors qu'on les avait habitués à vivre avec le même maître toute la journée.

Bien sûr, ils étaient jeunes, ces "bleus" d'Honnef ! La majorité d'entre eux étaient nés en 1936, quelques-uns en 35, voire 34 ou 33, ces derniers ont donc aujourd'hui 60 ans, n'est-ce pas Charles Van Delft, Freddy Flamcourt, Jacques Rousseau, Guy Van Iseghem, Paulette Boddart, Liliane Neven, Jeanine Knitelius, Henri Mouton - déjà pianiste de talent comme en témoigne une photo retrouvée ! Freddy Vernail, Willy Maton - dont nous reparlerons - Jacky Marchal, Louis Piron, Marcelle Fassotte ? Et les autres ...

Mais ces jeunes, déjà un peu accoutumés à la vie d'occupation, étaient pris en charge par des "émigrés", venus de Belgique au début de septembre et qui, à l'inverse des instituteurs, n'avaient guère de connaissance du milieu militaire : certains n'avaient pas fait de service militaire, et les dames non plus, bien sûr ! Tout ce beau monde (une vingtaine de personnes) affublé d'uniformes peu adaptés à la taille ou à la corpulence, se retrouva un matin de septembre 48, le 10 exactement, devant une masse d'enfants et d'adolescents, pas encore bien réveillés de leur première nuit en internat.

Ah ! cet internat, dans le couvent d'Honnef dont les religieuses avaient été expulsées en 1945 par les Américains et que les travaux du Génie avaient tenté de restaurer à grands frais de cigarettes 333 ... Austère, n'est-il pas, cette cour intérieure bornée par 4 façades gris sale et au sol couvert d'une couche de gravier du Rhin, à l'effet dévastateur sur les chaussures des filles. La cour des garçons, entre chapelle et salle de gym, était fermée par une grille pareille à celle d'une prison. Et le petit parc au jet d'eau devant le perron ne servait qu'au quotidien salut au drapeau présidé par le préfet Sak. Heureux qu'on avait prévu une petite plaine de sport où se déroulèrent en juin '49 de terribles matches de rugby...

Agréable par contre la promenade matinale et vespérale des garçons venant et retournant au Feuerschloss, récupéré sur l'E.M. du 1° Gn. Beau château moderne, il permit l'hébergement de la majorité des garçons, tout en laissant libre un rez-de-chaussée au dallage de marbre qui vécut quelques soirées mémorables, et surtout un sous-sol qui permit d'installer une salle de jeu et même un petit théâtre pour lequel Max Coucke fit preuve de talents d'électricien.

Voilà évoqués quelques souvenirs de l'origine honneffienne. Peut-être, dans une autre numéro de cette sympathique revue ARR-KAR, ferais-je mieux revivre quelques bons moments de la vie à Honnef, en 48-49.

 
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