Home arrow Souvenirs arrow Souvenirs: élčves arrow Aux portes de l'enfer (Bahati)
Aux portes de l'enfer (Bahati) Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
15-09-2004

Le 15 septembre 2004 paraissait l'article "Les copains d'abord " dans la rubrique "Faits divers" du quotidien "La Dernière Heure". L'article relatait les retrouvailles de deux anciens amis de Rösrath, Roland Cardon et Bahati Fulele. L'article augmenté de photos a été republié dans la revue de l'unité de Roland Cardon.

Roland et Bahati étaient sans nouvelles l'un de l'autre depuis 29 ans et c'est par le plus grand des hasards que Roland a retrouvé la trace de son ami de jeunesse.

Mais c'était pour découvrir la détresse dans laquelle Bahati et les membres de sa famille vivent aujourd'hui au Congo. Roland est parti à Makala avec 250kg de cadeaux, mais il comprend sur place que les Fulele ont besoin d'une aide récurrente.

Aux portes de l’Enfer

De Roland CARDON

Je dédie ce récit à notre ami Bahati et à ses proches, à tous ceux qui comme eux, où qu'ils soient, souffrent en silence. Les oublier serait leur infliger une peine supplémentaire...

Première partie

Ndjili, aéroport de Kinshasa, le 14 septembre 2004. Lorsque l'on pose le pied sur le tarmac de l’aéroport et que la nuit tombe brusquement, comme le rideau au théâtre après le dernier acte, le monde bascule. La pièce, pourtant, ne fait que commencer...

Après moult tergiversations et palabres avec d’obscurs représentants de l’autorité locale, la libération et les premiers dollars dépensés. Déjà je ressens la pression des autochtones qui se battent pour leur survie. Je suis enfin autorisé à rejoindre, non sans mes bagages, ceux qui m’attendaient avec impatience. L’accueil est chaleureux. Ils savent que je ne suis pas venu les mains vides, mais je sens que le cœur est présent. L’émotion est forte.

La jeep surchargée, nous prenons la direction de Kimbangu, commune voisine de Matonge, où je séjournerai chez des amis. Rapidement, l’asphalte devient inégal avant de disparaître. Tandis que je me cramponne au sac qui n’a pu trouver place ailleurs que sur mes genoux, mes amis congolais avalent mes sandwichs au rythme des cahots. La bière et la limonade, providentiels breuvages, sont également de la partie. Je savoure déjà discrètement leur plaisir.

Après vingt minutes de route, nous arrivons enfin chez mon hôtesse, Mwamini, la sœur de mon ami Bahati. Rapidement, les autorités locales, policiers et militaires apprennent la présence d’un "mundele" (blanc) dans le quartier. Leur visite ne se fait pas attendre. Je laisse à mes hôtes la délicate tâche de mener les négociations ou plutôt, les palabres. Je ne comprends que très peu le lingala, mais l’atmosphère se tend manifestement. Il est clair que mes volumineux bagages attisent les convoitises et qu’il est important de ménager les susceptibilités. Toutefois, il ne faut pas céder trop vite à la tentation de se débarrasser des intrus en leur donnant quelqu’argent.

L’apaisement viendra de la médiation d’un voisin de notre « parcelle », major de l’armée congolaise, qui aura pu convaincre les représentants de l’autorité locale que je n’étais pas un trafiquant d’armes. Ces événements m’auront donné soif et je décide d’offrir un verre en invitant tous mes amis sur une « terrasse de café ». Zola aurait, mieux que moi, pu vous décrire ces odeurs âcres et pestilentielles, cette saleté partout et toujours présente. Je n’en ai cure. « Nunc est bibendum ». Commencée à six(quidam), la soirée se terminera très tard. Il m’a semblé que nous étions nettement plus nombreux deux heures plus tard sur une autre terrasse. Il est vrai que je tenais la bourse. Faut-il préciser que je devais être le seul, l’unique blanc dans un rayon de 10 kilomètres, car...

Deuxième partie

Le lendemain, elle était souriante… mon hôtesse ; tous souriaient de me savoir encore parmi eux. Mon ami Bahati et son frère José qui avaient partagé « ma » chambre de 2,5 sur 3 mètres, décidèrent de me faire découvrir la « Cité ». En fait, nous avons marché plus de cinq heures dans ce qu’il convient d’appeler un cloaque, en évitant subtilement les potentiels contrôles, policiers et militaires se disputant la palme. Bref, nous n’empruntâmes pas le chemin le plus court.

A un carrefour, Bahati m’invitait à le suivre par la gauche tandis que José me prenait le bras pour le suivre par la droite. C’est à cet instant que j’eus subitement et légitimement envie d’une SKOL (excellente bière locale) bien fraîche. Bref, malgré un court moment de répit sur une terrasse de café, nous reprîmes la direction du centre de la Cité où nous attendait un ami, Modeste (c’est son nom), travaillant au siège de l’UNICEF à Kinshasa.

Le restant de la journée fut consacré à l’élaboration d’une stratégie permettant à mes (nos) amis congolais d'envisager de sortir de l’ornière. Une tâche qui paraît insurmontable. Et pourtant, courage…ne fuyons pas. Il faut que nous soyons conscients que la question que se pose quotidiennement une très large majorité du peuple congolais n’est pas : « qu’est-ce qu’on va manger demain, comment vais-je nourrir ma famille, mon enfant ? », mais, « est-ce qu’on va manger demain… ? ».

Comment soutenir le regard résigné d’un enfant tiraillé par la faim et qui ne sait pas pourquoi ? Au-delà de cette misère visible, palpable, derrière les murs aveugles, il y a aussi des êtres qui se cachent et qui se terrent, et qui attendent la délivrance. Car ils savent déjà qu'ils livrent leur dernier combat...

Ce que je leur ai apporté, c’était peu et beaucoup à la fois. Je ne voulais cependant pas que cette aide fut exclusivement matérielle, donc éphémère. Des démarches ont également été entamées  aux fins qu’un des membres de la famille puisse décrocher un emploi. A l’instant où j’écris ces lignes, mon hôtesse(Mwamini) est en entretien d’embauche. Bahati, pour sa part, est dans un état de santé catastrophique car il souffre très probablement de diabète (j’ai assisté à une de ses crises) tout en l’ignorant !

Troisième partie

En tant que témoin privilégié de cette détresse humaine, j'ai pris la décision d'agir, de poursuivre l'action que j'ai entamée. Je désire associer à ce combat tous ceux qui le souhaitent. Dans ce cadre, un compte spécial a été ouvert.

Pour plus de renseignements, contactez-moi soit par e-mail Cet e-mail est protégé contre les robots collecteurs de mails, votre navigateur doit accepter le Javascript pour le voir , soit par téléphone au 0497/44.81.65 ou au 04/380.13.20 (le soir)

Roland CARDON

 
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