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Le chateau des aiglons Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
02-03-2006

A côté des souvenirs souvent positifs relatés par les anciens concernant Rösrath, il y a aussi des avis plus réservés voire très négatifs concernant notre ancien athénée. En particulier les tout premiers anciens (avant la fin des années '60) relatent des souvenirs plus austères. Voici un texte qui nous vient de Baton Rouge, Louisianne, rédigé par Freddy De Pues .

Le chateau des aiglons 

Au détour d’un village inconnu, une voie s’achève vers un château où règne un aigle.

En fait il y en avait deux, voire trois.

Puis les aiglons.

Une succession d’oisillons, puis, plus tard, un névrosé alcoolique.

La salle d’étude des sixièmes comporte deux cents, trois cents pupitres, de ceux que l’armée attribue aux instituteurs. Deux tiroirs pour la privauté et un pion grotesque qui gueule comme une ogresse. Il est petit, rabougri et rebondi. Il se targue d’expertise en arts martiaux pour excuser son indiscipline et en appelle aux sixièmes latines pour s’accorder la faveur de faciles révisions de thèmes ou versions, lui qui n’a pu être professeur.

A d’autres moments, c’est un Flamand hautain, haut des colles de cinq pages à bic à quatre couleurs, qu’il distribue dès que l’interne heurte son regard perçant, rehaussé de sa moustache ridicule, dès qu’elle affiche un rictus de dégoût, à l’écoute des piètres excuses de ses ouailles.

Dehors, ce n’est pas mieux. Il faut se mettre à l’indienne en deux colonnes vers le réfectoire qui fume comme un sinistre endroit dans une autre Allemagne. C’est là que l’on se fait harasser par les classes supérieures fortes de leur connaissance de comment faire les enfants. Les propos des grands n’ont d’autre objet que leur souci de s’approprier nos petites provisions privées, sous menace de "tannages".

Dans la cour de récré c’est sauve-qui-peut. Les adeptes de la section Ben M. s’en donnent à cœur joie pour exercer leur dialectrique très troisième technique en nous frappant en plein visage:

- "Ca te fait mal ?"
-"Oui."

Mon futur sergent C. du Premier Régiment de Lanciers insiste :

- "Ca te fait mal ?"
- ?
-
- "Non."

(J’ai vu le héro plus tard. Il m’a évité)

Un microcosme social s’installe. Je trouve un protecteur, un voisin à Aix, un peu maigrichon, mais sans doute assez influent pour m’éviter d’autres réactions haineuses.

Le soir, je veux voir Maman. Dans le dortoir à deux cents ou trois cents, c’est ou-tu-t’oublies-ou-tu-ne-dors-pas. Le chahut ne cesse jamais avant que le pion ne nous ait fait descendre deux ou trois fois vers la salle d’étude, épuise notre résistance et notre désarroi d’être si loin de chez nous.

La récompense c’est la promenade du mercredi ou du dimanche. On ne rentrait que tous les quinze jours. Autant d’occasions pour se faire chopper des colles. La pire d’entre elles consistait à ne pouvoir ouvrir l’ultime fenêtre vers l’extérieur: un film tous les quinze jours.

Au milieu de la foule, la foudre de mon crétin pion flamand hurle:

- "Cinq pages chez Monsieur Nélis."

Je n’ai pas résisté longtemps à ce régime. J’avais décidé de me consacrer au scoutisme et à ses nombreux avantages dont l’autodiscipline et des promenades quasi libres les mercredis après-midi et les week-ends.

De toutes les personnes que j’ai connues à Rösrath entre 59 et 61, l’abbé A. est sans doute une des plus généreuses. Bien sûr, il s’inquiétait depuis sa jumelle quand nous nous baignions à poil dans la Sülz. Le soir, on prenait un fameux savon. Il ne supportait apparemment pas nos branlettes, depuis qu’il se mouvait dans le dortoir espérant nous surprendre. En outre, quand les petits scouts s’égaillaient, les vrais éclaireurs rencontraient paisiblement leurs guides en dehors de la morbide pionsaille. Et ils s’en vantaient, et certains profs en faisaient l’écho.

C’était un monde hors normes. Un mélange intense de frustrations combinées. Avec des personnages qui auraient fait hurler à l’injustice. J’étais en situation d’échec avec René L. L’année scolaire suivante, Monsieur Cambier m’a intéressé à son cours et a très gentiment prétendu que de tous ses anciens élèves j’aurais sans doute quelque prétention à une plume à éditer.

Plus tard, j’atterris dans le monde du préfet B.

Tout au début de ma carrière d’enseignant.

J’ai fait depuis un gentil parcours en Belgique, comme prof, comme chef d’établissement.

Je suis parti, comme prof en Louisiane, puis pour de tas d’autres mille choses pour la défense de notre langue.

J’étais le dernier directeur de l’Alliance Française de La Nouvelle-Orléans avant Katrina.

I think I went there at a wrong time.

Je suis probablement allé à Rösrath au mauvais moment.

 

 Freddy De Pues

 
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